Les angles morts entre une famille et une entreprise au Québec
Par José Salloum, conseiller en sécurité financière | Septembre 2026
Le présent article est de la formation générale portant sur ce que prévoient le Code civil du Québec et les régimes publics, lus sur LegisQuébec, au ministère de la Justice et auprès des organismes administrateurs en septembre 2026. Ce n’est ni un avis juridique, ni un conseil fiscal, ni l’analyse d’une famille ou d’une entreprise. Un testament, une convention entre actionnaires et la liquidation d’une succession relèvent du notaire et de l’avocat, et cette page ne les remplace pas.
En clair: ceci est de l’information générale, pas une recommandation. Ce qui vous convient dépend de circonstances que nous n’avons pas vues, et c’est à cela que sert une première conversation.
À retenir
- Le droit successoral québécois a changé le 30 juin 2025. L’article 653 du Code civil dévolue désormais la succession au conjoint survivant lié par mariage, par union civile ou par UNION PARENTALE.
- L’union parentale vise les conjoints de fait ayant un enfant commun né le 29 juin 2025 ou après. Le ministère de la Justice fixe la part du conjoint survivant à un tiers de la succession, les enfants se partageant les deux tiers.
- Le couple de fait sans enfant commun, ou dont l’enfant est né avant cette date, demeure hors des règles successorales: sans testament, ce conjoint n’hérite de rien.
- La somme assurée payable à un bénéficiaire ne fait pas partie de la succession, de sorte qu’elle atteint une personne que le testament ne touche pas, et sans attendre la liquidation.
- La désignation du conjoint marié ou uni civilement est irrévocable sauf stipulation contraire, et le divorce ou la nullité fait tomber la désignation du conjoint. Les deux règles surprennent, en sens inverse.
- Sans convention entre actionnaires, les actions ne passent ni à un associé ni à un acheteur. Selon la loi fédérale, elles passent au représentant légal de la succession, qui peut être inscrit comme détenteur.
- Les régimes publics répondent étroitement: le régime des lésions professionnelles vise une lésion survenue par le fait ou à l’occasion du travail, les prestations de maladie de l’assurance emploi vont jusqu’à vingt-six semaines, et la rente d’invalidité vise une condition de longue durée qui ne devrait pas s’améliorer.
La plupart des gens qui dirigent une entreprise et élèvent une famille protègent les deux comme deux sujets distincts, dans deux conversations distinctes, à des années d’intervalle. Les trous ne sont pas dans l’un ou l’autre arrangement. Ils sont dans l’espace entre les deux, et au Québec cet espace a bougé le 30 juin 2025.
La règle qui a changé le 30 juin 2025
L’article 653 du Code civil du Québec dit qui hérite lorsqu’il n’y a pas de testament. Jusqu’à l’an dernier, il nommait le conjoint survivant lié par mariage ou par union civile et les parents du défunt. Dans son texte actuel, en vigueur depuis le 30 juin 2025, il dévolue la succession au conjoint survivant lié par mariage, par union civile OU PAR UNION PARENTALE.
L’union parentale est le nouveau régime. Elle vise les conjoints de fait qui ont un enfant commun né le 29 juin 2025 ou après. Le ministère de la Justice en énonce la conséquence dans ses propres questions et réponses: le conjoint survivant prend un tiers de la succession et les enfants se partagent les deux tiers.
Il faut le lire deux fois, car cela tranche dans les deux sens. Le conjoint de fait en union parentale n’est plus un étranger à la succession. Et le couple de fait sans enfant commun, ou dont le seul enfant est né avant cette date, se trouve exactement où il a toujours été: hors des règles, sans rien hériter en l’absence de testament, quoi que les deux aient cru.
Presque tout ce qui a été écrit pour le public québécois sur les conjoints de fait et l’héritage l’a été avant cette date. La moitié est maintenant fausse dans un sens et la moitié dans l’autre, ce qui est une raison de lire le Code plutôt qu’un article, y compris celui-ci.
Ce qu’une désignation fait et qu’un testament ne peut pas faire
Un testament parle à la succession. Une désignation de bénéficiaire, non. L’article 2455 du Code civil tient en une phrase: la somme assurée payable à un bénéficiaire ne fait pas partie de la succession de l’assuré.
Cette seule ligne explique pourquoi la désignation est l’instrument qui atteint la personne que le testament n’atteint pas. Elle explique aussi pourquoi l’argent arrive sans attendre la liquidation, qui suit son propre calendrier: l’article 800 décrit un délai de délibération de six mois lié à l’inventaire, puis soixante jours pendant lesquels les héritiers qui n’ont pas vu d’inventaire doivent agir. La famille qui a des comptes à payer le premier mois n’est pas dans ce calendrier si une désignation a été faite.
Deux règles sur les désignations surprennent, et elles surprennent en sens inverse. L’article 2449: la désignation du conjoint marié ou uni civilement comme bénéficiaire est irrévocable sauf stipulation contraire, de sorte que celui qui croit pouvoir simplement la changer ne le peut peut-être pas. L’article 2459: le divorce ou la nullité du mariage, et la dissolution ou la nullité de l’union civile, font tomber toute désignation du conjoint, de sorte que celui qui croit l’ancienne désignation encore debout se trompe peut-être aussi.
Les actions, quand rien n’a été prévu
Demandez à un propriétaire ce qu’il adviendrait de ses actions s’il mourait demain et la réponse décrit habituellement une intention plutôt qu’un mécanisme: l’associé les rachèterait, ou la famille vendrait.
Rien dans le droit des sociétés ne le fait tout seul. Selon la Loi canadienne sur les sociétés par actions, au décès d’un actionnaire les actions passent au représentant légal de la succession, qui a le droit d’être inscrit comme détenteur ou d’en désigner un, sur preuve de sa qualité. Aucune évaluation ne se fait, aucun acheteur n’apparaît, et personne n’est tenu de payer quoi que ce soit à qui que ce soit.
L’associé survivant se retrouve donc en société avec une succession, et la famille se retrouve avec des actions d’une entreprise qu’elle ne dirige pas et qu’elle ne peut peut-être pas vendre. C’est le résultat par défaut, et il l’est justement parce que rien n’a été convenu.
La convention entre actionnaires est ce qui change cela, et ce qu’une convention donnée devrait prévoir relève de l’avocat plutôt que de l’assurance. La question d’assurance est plus étroite et vient ensuite: si une convention oblige quelqu’un à acheter, d’où vient l’argent le jour venu. Le présent article a été écrit à partir de la loi fédérale; une société constituée au Québec relève de la loi provinciale, qui doit être lue pour elle-même.
Un concept, non une recommandation
Tout ce qui suit est une illustration écrite pour montrer le fonctionnement d’une structure. Aucune personne présentée ici n’est réelle, aucun chiffre n’est une projection, et rien ici n’est une recommandation, ni pour vous ni pour quiconque. Les montants sont ronds parce qu’ils ont été choisis pour rendre le calcul visible, non parce qu’ils seraient typiques, disponibles ou atteignables.
Ce qu’un contrat ferait réellement dépend de l’assureur, du produit, de votre âge et de votre état de santé, de la décision de tarification et du contrat que vous signez. Une recommandation ne peut suivre qu’une analyse de vos besoins menée avec vous par un représentant dûment certifié. Le Centre canadien de création de patrimoine Inc. reçoit une commission de l’assureur émetteur lorsqu’un contrat est placé, et vous devriez lire ce qui suit en le sachant.
Une illustration: deux documents qui ne se sont jamais rencontrés
Cette illustration ne contient aucun chiffre et ne nomme aucun produit, assureur ni entreprise. Personne n’y est réel. Son sujet est l’espace entre deux arrangements.
Imaginons un propriétaire avec un associé en affaires et un conjoint de fait à la maison, et un enfant né il y a quelques années. L’entreprise a été organisée avec soin: une structure, un comptable, une convention entre actionnaires obligeant l’associé survivant à racheter les actions.
La maison a été organisée avec le même soin, une autre année, par quelqu’un d’autre: une police avec le conjoint de fait comme bénéficiaire.
Ni l’un ni l’autre document n’est fautif. Lus ensemble, ils soulèvent des questions que personne n’a posées, parce que personne ne les regardait tous les deux à la fois. La convention oblige un rachat; ce qui soutient cette obligation est une autre question. Le conjoint à la maison est nommé à un contrat, soit l’instrument qui atteint une personne que les règles successorales n’atteignent peut-être pas, vu la date de naissance de l’enfant. Et ce que contient la succession elle-même, une fois les actions parties, est une troisième question.
L’intérêt de l’illustration n’est pas que quelqu’un se soit trompé. C’est que deux arrangements soigneux, faits des années différentes par des personnes différentes, ne font pas un seul arrangement, et que le jour où on les lit ensemble est habituellement celui où personne n’est là pour expliquer ce qui était voulu.
Ce que les régimes publics répondent, et ce qu’ils ne répondent pas
Le troisième angle mort est la croyance qu’un régime public portera le ménage pendant que le propriétaire est vivant mais ne travaille pas. Les régimes publics répondent, et chacun répond à une question étroite.
Le régime québécois des lésions professionnelles répond à une lésion professionnelle, que sa propre définition décrit comme une blessure ou une maladie survenue par le fait ou à l’occasion du travail. Une maladie ordinaire un mardi ordinaire n’est pas cela, et le régime publie aussi les catégories de travailleurs qu’il ne couvre pas.
Les prestations de maladie de l’assurance emploi vont jusqu’à vingt-six semaines pour qui ne peut travailler pour raisons médicales et détient les heures assurables. Le travailleur autonome en est exclu par défaut: il peut s’inscrire auprès de la commission, puis il attend douze mois à compter de l’inscription confirmée avant de pouvoir demander une prestation spéciale. Le propriétaire qui s’inscrit le jour où il tombe malade s’est inscrit avec un an de retard.
La rente d’invalidité du régime public de pensions n’est pas une prestation de courte durée et ne prétend pas l’être. La condition qu’elle décrit est de longue durée et ne devrait pas s’améliorer.
Vingt-six semaines au plus, pour des salariés, pour une maladie ordinaire. Un régime de lésions professionnelles pour les lésions professionnelles. Une rente pour la permanence. Entre les trois se trouve le terrain où la plupart des ménages tombent réellement, et rien de public ne s’y tient.
Le guide de référence
Commencez ici: toute la stratégie en une page
Ce que c’est, comment cela fonctionne au Canada, ce que cela coûte, ce que cela risque, combien de temps cela prend et à qui cela ne convient pas.
José Salloum Centre canadien de création de patrimoine Inc.
Lire le guideL’ordre dans lequel cela se fait
Rien de tout cela n’est une liste de produits. C’est une liste de documents, et ils ont un ordre, parce que chacun décide de ce que le suivant peut faire.
Le testament, ou le contrat de mariage ou d’union, décide de la succession. Les désignations de bénéficiaire décident de ce qui n’entre jamais dans la succession. La convention entre actionnaires décide du sort des actions et de qui est tenu d’agir. Ce n’est qu’ensuite qu’il y a une question d’assurance, et c’est une seule question posée quatre fois: le jour où ce document doit être exécuté, d’où vient l’argent.
Dans cet ordre, l’assurance est dimensionnée par les documents. Dans l’ordre habituel, soit une police d’abord et les documents ensuite, ce sont les documents qui sont dimensionnés par une police achetée à la hâte.
Où lire tout cela à la source
Le Code civil est publié gratuitement sur LegisQuébec, article par article, dans les deux langues. Les articles 653, 800, 2449, 2455 et 2459 sont ceux sur lesquels repose cet article, et chacun se lit en une minute.
Les questions et réponses sur l’union parentale sont publiées par le ministère de la Justice. La définition de la lésion professionnelle se trouve sur le site de la CNESST, et les conditions des prestations de maladie et de la rente d’invalidité sur canada.ca. Toutes ont été lues le 23 septembre 2026 et toutes peuvent être révisées sans préavis.
Sources
- Code civil du Québec, article 653, texte en vigueur depuis le 30 juin 2025, LegisQuébec, lu le 23 septembre 2026
- Code civil du Québec, articles 800, 2449, 2455 et 2459, LegisQuébec, lu le 23 septembre 2026
- Ministère de la Justice du Québec, questions et réponses sur l’union parentale, quebec.ca, lu le 23 septembre 2026
- Loi canadienne sur les sociétés par actions, article 51, Justice Canada, lu le 23 septembre 2026
- CNESST, définition de la lésion professionnelle, cnesst.gouv.qc.ca, lu le 23 septembre 2026
- Gouvernement du Canada, prestations de maladie de l’assurance emploi, canada.ca, lu le 23 septembre 2026
- Gouvernement du Canada, prestations spéciales de l’assurance emploi pour les travailleurs autonomes, canada.ca, lu le 23 septembre 2026
- Gouvernement du Canada, admissibilité à la rente d’invalidité, canada.ca, lu le 23 septembre 2026
Questions fréquentes
Un conjoint de fait hérite-t-il au Québec?
Cela dépend de la date de naissance d’un enfant commun. L’article 653 du Code civil, en vigueur depuis le 30 juin 2025, dévolue la succession au conjoint survivant lié par mariage, par union civile ou par union parentale. L’union parentale vise les conjoints de fait ayant un enfant commun né le 29 juin 2025 ou après, et le ministère de la Justice fixe la part du conjoint à un tiers, les enfants se partageant les deux tiers. Le couple qui n’entre pas dans ce cadre demeure hors des règles.
Le testament couvre-t-il une police d’assurance vie?
Pas la somme. L’article 2455 du Code civil énonce que la somme assurée payable à un bénéficiaire ne fait pas partie de la succession de l’assuré: la désignation et le testament sont deux instruments distincts qui font deux choses distinctes.
Peut-on retirer un conjoint comme bénéficiaire?
L’article 2449 prévoit que la désignation du conjoint marié ou uni civilement est irrévocable sauf stipulation contraire. Par ailleurs, l’article 2459 prévoit que le divorce ou la nullité du mariage, et la dissolution ou la nullité de l’union civile, font tomber la désignation du conjoint.
Qu’advient-il de mes actions sans convention?
Selon la Loi canadienne sur les sociétés par actions, les actions passent au représentant légal de la succession, qui a le droit d’être inscrit comme détenteur ou d’en désigner un, sur preuve de sa qualité. Aucune vente et aucune évaluation ne se font d’elles-mêmes. Une société constituée au Québec relève de la loi provinciale, qui doit être lue pour elle-même.
Les régimes publics nous porteront-ils si je ne peux plus travailler?
Chacun répond à une question étroite. Le régime des lésions professionnelles vise une lésion survenue par le fait ou à l’occasion du travail. Les prestations de maladie de l’assurance emploi vont jusqu’à vingt-six semaines pour qui détient les heures assurables, et le travailleur autonome doit s’inscrire puis attendre douze mois. La rente d’invalidité vise une condition de longue durée qui ne devrait pas s’améliorer.
Par quoi faut-il commencer?
Les documents viennent avant les produits, parce que chacun décide de ce que le suivant peut faire: le testament, puis les désignations, puis la convention entre actionnaires, et seulement ensuite la question de savoir d’où vient l’argent le jour où chacun doit être exécuté. Les trois premiers relèvent du notaire et de l’avocat.
Une rencontre découverte de trente minutes
Une première conversation permet d’établir si cette approche vous convient. Aucune illustration n’est préparée et rien n’est mis en place.
Souvent, la réponse est non, et vous l’entendrez pendant l’appel plutôt que dans une proposition envoyée ensuite.
Le formulaire se trouve sur la page de la rencontre découverte et prend une minute. Il sert à organiser une conversation. Ce n’est pas un conseil, et rien n’y est vendu.
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Ceci n’est pas un conseil fiscal, et le traitement fiscal dépend de votre situation. Le traitement fiscal décrit dépend du maintien du statut exonéré du contrat en vertu du Règlement de l’impôt sur le revenu et de la situation individuelle du lecteur. Un retrait, un rachat ou une avance sur police peut constituer une disposition au sens de la Loi de l’impôt sur le revenu, et les montants qui excèdent le coût de base rajusté peuvent être imposables l’année où ils surviennent. Les règles fiscales changent. Le Centre canadien de création de patrimoine Inc. est titulaire d’un permis en assurance de personnes. Ce n’est pas un cabinet comptable, il ne produit pas de déclarations de revenus, et rien sur ce site ne constitue un conseil fiscal ni une opinion sur la situation fiscale d’un lecteur. Ce sur quoi un lecteur entend se fier doit être confirmé auprès d’un comptable professionnel et auprès de Revenu Québec et de l’Agence du revenu du Canada.
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